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Qu’est-ce que le beau ?



Il est généralement facile pour chacun d’entre nous de dire si nous estimons que quelque chose est beau. Il nous est cependant beaucoup plus difficile de dire pourquoi nous trouvons cette chose belle. Cette difficulté à justifier notre appréciation se manifeste parfois de manière aiguë, par exemple lorsque nous discutons de la plus ou moins grande beauté d’une œuvre par rapport à une autre avec quelqu’un qui n’est pas du même avis que nous. En effet, quels critères pouvons-nous invoquer pour démontrer la beauté d’un tableau, d’un objet ou d’un monument ? De tels critères existent-ils ou le sens du beau est-il quelque chose de purement subjectif et indémontrable ?

Les règles du beau

Confrontés depuis longtemps à cette question, les êtres humains ont entrepris diverses recherches à ce sujet et ont découvert un certain nombre de critères et de règle auxquels devaient répondre les productions artistiques pour être belles.

En peinture, par exemple, il existe des lois de l’harmonie des couleurs, des tons et des formes. La composition d’un tableau, elle, est soumise à la loi du nombre d’or, qui permet de diviser la surface d’un tableau en parties équilibrées et harmonieuses. Cette loi est aussi utilisée en architecture. En musique, les compositeurs doivent prendre en considération les règles de l’emploi des sons simultanés, celles des combinaisons des parties, ou encore celles des volumes sonores et de leurs proportions.

Chaque domaine de l’art a ses propres règles du beau auxquelles il est possible de faire appel pour justifier ou argumenter son point de vue.

Il faut cependant souligner que la plupart des gens ignorent ces règles, mais peuvent néanmoins parfaitement reconnaître ce qui est beau. De quoi cela provient-il ? Le sens du beau serait-il inné ? Et si tel est le cas, où en nous est le centre qui ressent le beau ?

Qu’est-ce qui, en nous, est capable de ressentir le beau ?

Dans le Message du Graal, il est fait une distinction très nette entre le Moi proprement dit de l’être humain : l’esprit immatériel, et l’instrument qu’il a à sa disposition pendant la durée de son incarnation ici sur terre dans un corps de chair et de sang : le cerveau. La distinction entre esprit et cerveau y est d’ailleurs présentée comme la clé permettant de répondre à une foule de questions que l’on peut se poser concernant l’être humain. Comme nous allons le voir, c’est également le cas ici pour le sens du beau.

Si l’esprit a une vue large et synthétique, le cerveau en tant qu’instrument travaillant sur le mode analytique, ne peut traiter qu’une information à la fois ; nous ne pouvons en effet pas penser à deux choses en même temps . De plus, si l’esprit peut ressentir, être inspiré, avoir des intuitions, le cerveau et les facultés intellectuelles qui en émanent, ne peuvent que penser, disséquer, raisonner.

Or, la beauté, qui est une relation complexe entre les différentes parties d’un tout, relation qui fait que ces parties concourrent à un effet d’ensemble harmonieux, est quelque chose de beaucoup trop vaste pour être saisi par les facultés analytiques de notre intellect, qui ne peut examiner qu’une chose à la fois. Ce n’est donc pas notre intellect, mais notre esprit, pris dans le sens d’âme, qui, en nous, ressent le beau.

Il est d’ailleurs significatif de constater que les définitions du beau données dans les dictionnaires, ne font le plus souvent pas référence aux lois de la beauté, mais à notre ressenti intérieur. Le beau est ce qui nous fait éprouver de l’admiration et de la satisfaction, alors que le laid produit une impression désagréable qui inspire le dégoût ou l’horreur. Il est clair que le cerveau, comparable à un ordinateur quant à son mode de fonctionnement, ne peut pas ressentir, être dégoûté, horrifié ou, au contraire, satisfait. Seul quelque chose de vivant comme l’esprit humain en est capable.

D’où vient le beau ?

L’esprit est, ce qui est en nous, est à même de distinguer le beau. Mais d’où vient le beau qu’il ressent ?

Pour les matérialistes, la création et tout ce qui s’y trouve est sorti du chaos et est le résultat du hasard. Cependant, en étudiant comment elle fonctionnait afin de mieux pouvoir l’utiliser à leur profit, ils découvrirent qu’elle était régie par des lois fixes et immuables : les lois de la chimie, de la physique, de la biologie,... et de la beauté.

Or, l’existence même de ces lois montre que la création ne peut pas être le résultat du hasard. Il y a en effet une contradiction insurmontable entre le fait que le hasard gouverne la création et que simultanément celle-ci fonctionne d’après des lois définies, garantes d’un ordre naturel constant.

Ne serait-il pas plus juste de dire qu’une force intelligente, prévoyante et ordonnatrice a organisé la création de manière sensée et logique, et que cette force intelligente est le Créateur Lui-même ? Cette manière de voir a au moins le mérite de rendre compréhensible l’existence de la beauté dans la création qui nous entoure.

En effet, tout ce qui a trait à la nature et donc, qui est l’œuvre de Dieu, est beau. Il n’y a pas un paysage qui n’ait sa beauté et sa grandeur. Toutes les roches, les fleurs et les plantes, mais aussi chaque animal, possèdent une beauté qui lui est propre. Bien plus, cette beauté persiste tout au long des transformations qui s’opèrent dans la nature. Chaque saison est belle. Les animaux sont beaux lorsqu’ils sont petits, mais aussi lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. Les feuilles des arbres sont belles aussi bien lorsqu’elles sont vertes en été, que toutes plissées et pâles dans leurs bourgeons, ou encore rouge ou jaune en automne !

D’où vient le beau, nous étions-nous demandé ? La beauté est issu du Créateur. Ce qui sort de Sa main peut-il en effet être autre chose que beau ?

D’où vient le laid ?

Si tout ce que Dieu crée est beau, comment se fait-il que le laid existe ?

Voyons d’abord quelles sont les choses que l’on qualifie de laides.

Certaines villes ou constructions sont laides. Il y a aussi des machines, des habits et d’autres objets résultant de l’activité humaine qui sont inesthétiques. Un certain nombre de tableaux, d’objets d’art et de morceaux de musique sont moches ou de mauvais goût. Mais des mots, des expressions et des attitudes peuvent aussi être hideuses, tout comme certaines personnes sont physiquement ou intérieurement dépourvues de beauté.

Cette énumération ne comprend, à bien y regarder, que des éléments qui peuvent être mis en relation avec l’être humain. De quoi cela provient-il, puisqu’il a été créé par Dieu ? Ne devrait-il pas, lui aussi, et tout ce qu’il fait, être beau comme la nature l’est ? Ce serait le cas, si l’être humain faisait partie de la nature, car cette dernière, étant entièrement régie par les lois que le Créateur a déposées en elle ne peut faire autrement que de fonctionner d’après ces lois et produire, entre autre, la beauté qui est inhérente à ces lois.

Toutefois, l’être humain ne fait pas partie de la nature, car il est d’origine spirituelle et en tant que telle, il est doté du libre arbitre. Le libre arbitre est la faculté que possède l’esprit de prendre des décisions libres, non-influencées. Il lui permet donc de décider d’agir conformément aux lois, entre autre conformément aux lois de la beauté, ou au contraire, contre ces lois. Pour l’esprit, le but de l’existence humaine consiste d’ailleurs à apprendre à agir volontairement dans ces lois, une fois qu’il a appris à les connaître et qu’il en a reconnu le bien-fondé.

L’existence du libre arbitre, qui est une caractéristique propre à l’esprit humain et que ne possède ni le minéral, ni le végétal et pas même l’animal, explique pourquoi le laid est uniquement en relation avec l’être humain : le laid ne résulte toujours que du non respect des lois de la beauté, non-respect qui n’est possible qu’à l’être humain.

Le beau vient d’en haut

Le fait que le beau soit présent partout dans la nature et que ce soient les sens de notre corps physique - la vue, l’ouïe - qui nous permettent de l’appréhender, pourrait donner à penser que le beau n’est relié qu’à la matière. Ce n’est cependant pas le cas.

En effet, de même que l’être humain à été créé à l’image d’un être supérieur, la nature qui nous environne n’est qu’une pâle copie des plans plus lumineux et beaux - le paradis, par exemple - situés plus haut dans la création. Une pâle copie, car il est compréhensible que ce qui est plus proche du Créateur, que ce soit des plans ou des êtres, est aussi plus lumineux et beau, que ce qui se trouve plus éloigné de Lui, comme c’est le cas pour la Terre.

La connaissance de l’origine supraterrestre du beau est au fond connue des êtres humains. Ils le révèlent inconsciemment dans leurs expressions, puisqu’ils parlent de « la beauté céleste ou divine» d’une musique, d’une voix, d’un tableaux ou d’une poésie.

L’origine supraterrestre du beau se révèle aussi lorsque l’on réfléchit à ce qu’est l’inspiration dont les artistes ont besoin pour exécuter leurs oeuvres. Contrairement aux réalisations techniques qui sont faites en se conformant à ce qui se trouve dans la matière - donc en bas - les artistes en quête d’inspiration s’ouvrent à quelque chose qui vient d’en-haut :aux muses, pour le formuler comme les anciens, ou au « souffle créateur » pour reprendre une expression plus moderne. Mais dans les deux cas, la chose inspirée vient d’en-haut. D’autre part, celui qui en bénéficie de manière tout particulièrement visible, comme Mozart par exemple, est dit « béni des dieux ».

Le beau est en outre souvent associé aux hautes valeurs que sont le bien et le juste, valeurs qui transcendent le plan terrestre. Un terme est même parfois utilisé à la place de l’autre, comme dans l’expression « ce n’est pas beau de mentir », qui signifie en réalité, ce n’est pas bien ou pas juste de mentir.

Les caractéristiques du beau

Une caractéristique du beau qui vient d’en-haut est de ne pas lasser. Il existe en effet une grande différence entre le véritable beau qui touche notre esprit et le « plaisant » qui flatte ou interpelle notre intellect. Un morceau de musique « céleste » reste beau même si on le connaît depuis des années. D’ailleurs, plus le temps passe, plus ses finesses et ses harmonies se révèlent à nous et nous touchent. A l’inverse, les mélodies sans réelle profondeur, par exemple la plupart des chansons de variétés, nous lassent de plus en plus au fur et à mesure des auditions. Ce ne sont pas des oeuvres qui durent. Elles doivent rapidement être remplacées par d’autres.

Ce qui vient d’être dit, est aussi valable pour les tableaux, les sculptures et les monuments. Certains sont des « oeuvres éternelles » qui traverseront les siècles et qui toucheront tous ceux qui les verront, d’autres ne présentent qu’un intérêt relatif et passager. Le caractère éternel de certains oeuvres permet de comprendre pourquoi elles touchent l’esprit. Elles lui rappellent - sans être tout à fait semblables puisqu’elles ne sont que des copies - les beautés de son plan d’origine : le plan spirituel ou paradis.

Bien qu’étant également impérissables ou immuables, les beautés de la nature sont d’un genre différent des oeuvres impérissables produites par l’être humain. Ces dernières possèdent quelque chose de plus en elle, quelque chose que ne possède pas la nature : le genre spirituel. Cela s’observe très nettement lorsque l’on contemple un paysage et une peinture de ce même paysage. La peinture n’est pas une reproduction fidèle de la nature, comme pourrait l’être une photographie, mais une interprétation de ce qui a touché un esprit humain et qu’il a cherché à exprimer pour que d’autres esprits humains en soient touchés.

Lorsque l’homme spiritualise les productions artistiques qu’il effectue et les rend par là impérissables, il se réfère à des lois et des valeurs communes à tous les esprits humains et qui ont pour origine le plan spirituel. Les oeuvres éternelles ne sont donc pas l’apanage d’une race, d’une nation ou d’une civilisation, car tous les êtres humains sont originaire du plan spirituel, quelles que soient la couleur de leur peau ou leur nationalité lorsqu’ils s’incarnent pour réaliser leurs oeuvres.

Beauté et évolution spirituelle

La véritable beauté ne pouvant être saisie que par l’esprit, le sens du beau est lié au degré d’évolution de celui-ci et varie tout naturellement d’une personne à l’autre. Effectivement, plus un esprit est évolué, c’est-à-dire a amené à leur plein épanouissement les facultés spirituelles qui sont déposées en lui par le Créateur - l’homme ne s’est pas créé lui-même, ni est-ce qu’il a conçu les facultés qu’il possède - plus il devient sensible et ouvert aux choses venant d’en-haut, donc également au beau. Non seulement, il reconnaîtra mieux ce qui est véritablement beau, mais l’appréciera d’autant plus et en aura d’autant plus besoin.

Le développement spirituel est un processus dynamique. Il s’accompagne nécessairement de changements intérieurs, et par conséquence également de changements dans la manière d’apprécier le beau. Dans la vie de l’être humain cela se traduit par le fait que quelqu’un qui vient de se transformer, s’aperçoit et apprécie soudainement, comme jamais auparavant, toutes les beautés qui lui offre quelque chose qu’il côtoie depuis longtemps, mais qu’il n’avait jamais remarqué jusqu’alors. « Ainsi arrive-t-il également » est-il écrit dans le Message du Graal « qu’un être humain puisse soudain ressentir le printemps et tout l’éveil de la nature d’une façon tout à fait différente de ce qu’il a éprouvé pendant des dizaines d’années auparavant, tout comme s’il ne l’avait encore jamais observé ou n’en avait encore jamais joui comme il faut. Cela se produit notamment lorsqu’un être humain a dû subir un changement décisif qui l’a fait mûrir intérieurement. » tome II, conf. 27 p. 225

Fondamentalement, les beautés du printemps demeurent toujours identiques à elles-mêmes. Ce qui se modifie, c’est notre manière de les percevoir. Il est donc normal que ce qu’une personne un peu rustre et quelqu’un de plus fin considèrent comme beau ne soit pas identique. Chacun ne considérant les choses que d’après son degré de développement, et ne pouvant faire autrement que de les considérer de ce point de vue, ils les apprécieront nécessairement différemment sans que l’on puisse faire de reproche à l’un ou l’autre.

Un esprit évolué ne choisira par conséquent jamais de vivre dans une endroit laid, entouré de meubles et d’objets inesthétiques Cela signifie-t-il que la beauté n’est réservée qu’aux personnes fortunées qui peuvent vivre dans des endroits plaisants et acquérir des objets de grande valeur? Non, car la beauté, d’un intérieur par exemple, peut aussi bien être réalisée avec des objets les plus simples qu’avec des oeuvres d’art et des meubles de styles coûteux. La simplicité fait partie intégrante de la beauté. N’est-ce d’ailleurs pas une éloge que de dire que quelque chose qui nous a frappé par sa pureté et sa beauté est « simple et beau » ?

De l’utilité du beau

Le beau est souvent considéré comme un luxe, c’est-à-dire comme quelque chose qui n’est pas indispensable à l’être humain. Mais le beau est lui utile et même tout spécialement ici-bas sur terre. En effet, s’il est vrai qu’un esprit qui évolue est de plus en plus sensible au beau, le contraire est aussi juste : le fait de cultiver le beau dans tous les domaines de notre vie - dans notre manière de nous tenir, de parler, de nous habiller, de décorer notre intérieur, etc. - aide l’esprit dans son ascension spirituelle, favorise son développement.

C’est un aspect souvent oublié de la spiritualité : la recherche et l’accomplissement du beau favorise notre maturation spirituelle.

Christopher Vasey

Article basé sur les connaissances du Message du Graal