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Pourquoi la classification PRAL ne correspond-elle qu'en partie à celle habituelle
des aliments acidifiants et alcalinisants?



Une nouvelle méthode de détermination du caractère acidifiant et alcalinisant des aliments a été mise au point: la méthode PRAL. Elle suscite un grand engouement, mais une partie de sa classification est en opposition avec les classifications traditionnelles et avec la réalité clinique. De quoi cela provient-il?

Comment détermine-t-on le caractère acidifiant des aliments?

Pour comprendre en quoi la classification PRAL diffère des autres classements, il nous faut d'abord décrire brièvement ces derniers.

L'observation

Cette méthode est celle qui fut utilisée dans l'Antiquité. A cette époque, les connaissances en chimie étaient trop rudimentaires pour pouvoir déceler le caractère acidifiant ou non des aliments par des analyses chimiques. Le seul moyen à disposition était l'observation des malades ou, plus précisément, de leurs réactions face à la consommation d'aliments acidifiants.

Dans cette approche, on recherche d'abord quels troubles apparaissent (ou empirent) chez un malade, lorsqu'il consomme des aliments dont le caractère acidifiant est évident, par exemple le vin. Une fois ceux-ci recensés, on observe si des troubles similaires surviennent lorsque le malade mange un aliment dont on ne connaît pas encore le caractère acidifiant ou alcalinisant. Si les mêmes problèmes de santé apparaissent, l'aliment est également acidifiant. Si, au contraire, les troubles diminuent, il est alcalinisant.

L'observation de nombreux cas permet à la longue de se faire une idée assez précise du caractère acidifiant ou alcalinisant des aliments. Cette méthode fut utilisée par Hippocrate, le père de la médecine (4è siècle av. JC). Elle l'a été tout au long des siècles qui suivirent et c'est elle qui a permis d'observer que les fruits étaient soit alcalinisants soit acidifiants selon la personne.

L'analyse chimique

Cette méthode se base sur la composition minérale des aliments. Certains minéraux sont en effet acides (le soufre, le phosphore…), d'autres alcalins (le calcium, le potassium…).

La méthode consiste à réduire en cendre un aliment. Brûlé dans une éprouvette, il est ramené à ses plus simples éléments de constitution: les minéraux. On établit ensuite quelle quantité de minéraux acides se trouve dans la cendre et l'on procède de même pour les minéraux basiques. Si un aliment a une teneur plus élevée de minéraux acides que basiques, son effet sur le corps sera acidifiant et il sera classé dans la liste des aliments acidifiants. Dans le cas contraire, quand la quantité de bases est plus élevée que celle des acides, l'aliment aura un effet alcalinisant sur le corps et il sera classé dans le groupe des aliments alcalinisants.

Cette méthode donne de bonnes indications. Elles sont utilisées couramment pour dresser les listes des aliments acidifiants et alcalinisants. La pratique montre cependant que telles quelles, ces listes ne sont pas valables pour tous. La raison en est que dans le corps les choses ne se passent pas comme dans une éprouvette. Les aliments ne sont pas réduits jusque dans leurs composants les plus simples et, de plus, une partie de ceux-ci sont éliminés par les intestins avant même d'avoir pu être absorbés.

Le point faible de la méthode est donc qu'elle ne tient compte que de l'aliment, mais pas de ce qui se passe avec lui lorsqu'il pénètre dans le corps. Deux moyens permettent de pallier à cette faiblesse. Le premier consiste à combiner l'approche par analyse chimique et celle par l'observation. Les listes couramment utilisées en naturopathie résultent de l'union de ces deux approches. Le deuxième moyen est la méthode par la mesure du pH urinaire dont nous allons parler maintenant.

L'analyse du pH urinaire

Une manière d'évaluer l'influence des aliments sur le corps, consiste à mesurer le pH urinaire après l'absorption de ceux-ci. En effet, l'urine élimine les toxines, entre autre, les acides excédentaires. La présence de ces acides a forcément une incidence sur le pH urinaire (c'est-à-dire le degré d'acidité de l'urine), incidence qui peut être mesurée avec du papier réactif.

La méthode consiste à faire manger à un volontaire une sorte d'aliment seulement par jour. Si cet aliment est acidifiant, l'urine aura un pH plus acide que normalement. Si au contraire, le pH devient alcalin, c'est que l'aliment est alcalinisant. Le caractère plus ou moins acidifiant des aliments peut aussi être décelé : plus l'aliment est acidifiant, plus le pH devient acide. Plus il est alcalinisant, plus le pH est alcalin.

A ma connaissance, cette méthode n'a pas beaucoup été pratiquée, parce qu'elle est difficile à réaliser à grande échelle, ce qui est indispensable pour obtenir des résultats fiables.

Or, la méthode PRAL, telle qu'elle est généralement présentée, semble justement procéder par l'analyse du pH urinaire. Elle semble aussi le faire de manière très précise si l'on considère la hiérarchisation chiffrée des aliments qu'elle donne. Il y a cependant une grande différence entre la méthode PRAL telle qu'elle est réellement et sa présentation «grand public» actuelle. Mais voyons d'abord en quoi consiste cette méthode.

La méthode PRAL

La méthode PRAL a été élaborée dans les années 1990 par le professeur Thomas Remer (Allemagne) pour traiter les problèmes de lithiase urinaire. Conscient que la formation des calculs urinaires étaient fortement influencée par le pH de l'urine et que ce pH était lui-même dépendant des aliments consommés, il a cherché à déterminer combien acidifiant était chaque aliment, afin de pouvoir établir des diètes en conséquence.

PRAL est l'abréviation de «Potential Renal Acid Load» (en anglais), ce qui se traduit par «charge rénale acide potentielle». L'indice PRAL exprime donc la quantité d'acides qui se présenteront aux reins et que ceux-ci devront éliminer après la consommation d'un aliment donné (pour 100 g).

L'indice PRAL se mesure en milliéquivalent (mEq), unité de mesure qui établit la corrélation entre les quantités de minéraux acides et leur effet sur le pH.

En simplifiant, la méthode PRAL procède de la manière suivante: elle calcule d'abord de manière générale de combien le pH urinaire se modifie par mg d'acides arrivant aux reins. Ensuite, elle calcule la teneur en acides de chaque aliment pour estimer l'ampleur de la modification que chacun d'eux aura sur le pH de l'urine. Pour cela, elle additionne les minéraux acides contenus dans 100 g d'un aliment et, de ce total, elle soustrait la teneur en minéraux alcalins de cette même quantité d'aliment. Dans une première version de la méthode PRAL, les minéraux acides pris en considération étaient le phosphore, le chlore et le soufre; les minéraux alcalins: le calcium, le magnésium, le potassium et le sodium.

Dans une deuxième version, le minéral acidifiant chlore et celui alcalinisant sodium ne sont plus pris en considération (de là, les différences d'indices d'une liste PRAL à une autre).

Pour savoir quelle est la teneur minérale des aliments, Thomas Remer se sert des tables de composition des aliments. Ainsi, contrairement aux nombreux articles de vulgarisation qui présentent la méthode PRAL comme déterminant l'effet acidifiant des aliments en mesurant le pH urinaire après ingestion des aliments, celle-ci le fait en fonction de leur teneur en minéraux acides et alcalins, telles qu'elles sont données dans les tables de composition des aliments.

La soustraction des minéraux alcalins des minéraux acides peut donner trois résultats différents:

  • Le nombre obtenu (en milliéquivalents) est supérieur à zéro:
    l'aliment est acidifiant
    ex : le bœuf maigre + 7,8
  • Le nombre est inférieur à zéro:
    l'aliment est alcalinisant
    ex : les pommes - 2,2
  • Le nombre est zéro (ou très proche de zéro)
    l'aliment est neutre
    ex : l'huile d'olive 0

Plus le chiffre positif ou négatif est élevé, plus l'aliment est, selon le cas, acidifiant ou alcalinisant.

  • Ex : le foie de veau (+ 14,2) a un indice PRAL plus élevé que le poulet (+ 8,7), il est donc plus acidifiant.
  • Ex : les carottes (- 4,9) ont un indice PRAL plus grand que les laitues (- 2,5), les carottes sont donc plus alcalinisantes.

De manière générale, la méthode PRAL confirme les classifications classiques :

  • Les aliments acidifiants sont la viande, le poisson, les laitages, les céréales et les légumineuses
  • Les aliments alcalinisants sont les fruits et les légumes

Mais si l'on examine les listes plus en détails, on constate que la méthode PRAL attribue à un certain nombre d'aliments des propriétés acidifiantes ou alcalinisantes opposées à celles connues aujourd'hui et que l'expérience (donc la thérapeutique) avait confirmées.

Des différences importantes

Les différences ne sont pas minimes, mais importantes.

Des aliments connus pour être acidifiants, voire très acidifiants sont considérés par l'approche PRAL comme alcalinisants (ils ont donc un mEq négatif):

  • vin blanc   - 1,49
  • vin rouge   - 2,18
  • • café   - 0,96
  • • thé   - 0,82

Les légumineuses

  • haricot lima   - 6,16
  • soja graines   - 3,4
  • haricot blanc   - 2,5
  • lentilles   - 2,15
  • haricot pinto   - 1,36
  • • haricot rouge   - 1,36
  • confiture   - 1,23
  • flan au chocolat   - 1,21
  • eau Badoit (pH 6)   - 10

D'autres aliments acidifiants se voient attribuer un indice PRAL neutre ou presque neutre :

  • sucre blanc   0
  • sucreries diverses:
    (bonbons, nougat, flan vanille, mars,
    caramel, tarte au chocolat, biscuit
    fourré au chocolat)   entre 0 et – 0,6
  • Coca Cola   + 0,4
  • toutes les huiles
    (y compris huile de noix et d'arachide)   0
  • graisse de porc   0
  • margarine   + 0,5

A l'inverse, quelques aliments renommés pour leurs vertus alcalinisantes sont considérés comme acidifiants :

  • amandes   + 4,3
  • eau Contrex (pH 7,4)   + 3,9
  • eau Hepar (pH 7,2)   + 4,35

Du point de vue thérapeutique, il est de peu d'importance que quelqu'un d'acidifié qui se base sur les listes PRAL, ne mange plus un aliment alcalin faussement présenté comme acidifiant, par exemple les amandes. Cela ne le rendra pas plus acide. Il n'en va cependant pas de même s'il se met à consommer des aliments que la classification PRAL présente comme alcalinisants ou neutres, alors qu'il sont acidifiants d'après l'expérience pratique. Par exemple, s'il boit du vin rouge, du café, mange régulièrement et généreusement des légumineuses et ne s'abstient pas de sucreries. Cette personne s'acidifiera énormément. Son problème est en effet déjà l'excès d'acides. De consommer des aliments qui en sont riches ne va que faire empirer les choses.

Le but affiché de la méthode PRAL est d'effectuer des estimations en extrapolant, afin d'avoir une idée du potentiel d'acidification des aliments et non de mesurer systématiquement l'effet réel des aliments sur le pH urinaire et de contrôler ces résultats en observant l'évolution des symptômes des malades en fonction des aliments qu'ils consomment.

Pourquoi ces différences de classifications

Dans ses calculs, la méthode PRAL effectue différents choix qui sont autant de facteurs pouvant expliquer les différences de classification entre elle et les méthodes classiques:

  • Elle ne considère pas tous les minéraux acides, mais une partie seulement (le phosphore et le soufre). Il manque donc le chlore, le fluor, le iode, la silice...
  • Elle prend en considération les minéraux alcalins : calcium, magnésium et potassium, mais pas le sodium, le fer, le cuivre, le manganèse...
  • Elle ne prend pas en considération les bicarbonates et les citrates, sels qui contiennent des minéraux basiques. Ces derniers n'entrent par conséquent pas dans les calculs de l'indice.
  • Pour le soufre, elle s'appuie sur une teneur moyenne en acides aminés soufrés des aliments, or celle-ci peut différer de leur teneur réelle.

Ces facteurs influent les résultats et sont à la base des différences de classification. Or, les différences dont nous venons de parler concernent les cas où un aliment acidifiant est classé dans le liste des aliments alcalinisants, et vice et versa. De telles différences sont frappantes et elles nous incitent tout de suite à la prudence dans l'emploi de la classification PRAL. Mais, qu'en est-il des rangs hiérarchiques des aliments placés dans la bonne liste ? Cette hiérarchie est-elle correcte?

La méthode PRAL affirme par exemple que les raisins (– 21) sont quatre fois plus alcalinisants que les bananes (- 5,5). Or, si l'on prend en compte tous les minéraux alcalins, le total de ceux-ci dans la banane est deux fois plus élevé que celui des raisins. Elle prétend que le riz complet (+ 12,5) est plus acidifiant que le riz blanc (+ 4,6) alors que l'observation des thérapeutes est que c'est l'opposé. Ici, à nouveau, ces résultats nous incitent à la prudence.

Conclusion

La méthode PRAL donne des estimations générales mais sur lesquelles il ne faut pas s'appuyer aveuglement. Le mieux serait sans doute pour chacun de pondérer les résultats grâce à l'observation.

En effet, en diététique et en ce qui concerne la santé, on ne peut se reposer uniquement sur des analyses de laboratoires. Il faut également tenir compte de la réalité clinique. Chaque organisme possède ses propres caractéristiques. Et comme le dit un aphorisme de base de la médecine naturelle : on ne peut définir la valeur d'un aliment si l'on ne prend pas en considération le corps qui le recevra.

Christopher Vasey

N.B. Pour simplifier la présentation de l'article, je n'ai pas parlé de la question des aliments riches en acides faibles, tels que les fruits. Dans les listes classiques et dans les listes PRAL, les fruits sont considérés comme alcalinisants, alors que dans les listes de certains naturopathes et de moi-même, ils sont soit alcalinisants soit acidifiants, selon que la personne qui les consomme métabolise bien ou mal les acides faibles (cf. mon article Controverse sur l'équilibre acido-basique : les fruits sont-ils alcalinisants ou acidifiants ?). Voilà donc une raison supplémentaire d'utiliser avec prudence les indications des listes PRAL.