christopher vasey naturopathe
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Les âges de la vie



La vie d'un être humain peut être divisée en quatre grandes périodes : l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte et la vieillesse. Au cours de ces différents âges, les possibilités physiques et psychiques qu'offre la nature sont chaque fois autre, tout comme le sont la manière d'être et d'agir. Ces quatre âges ont les caractéristiques des quatre tempéraments : les tempéraments sanguin, mélancolique, colérique et lymphatique. La « coloration » tempéramentale des âges de la vie est importante à connaître car elle permet de mieux se comprendre soi-même et les autres.

L'enfance

Au cours de l'enfance, l'esprit qui vient de s'incarner doit apprendre à utiliser le nouvel outil qui lui a été fourni : le corps physique. Il doit également découvrir l'environnement dans lequel il se trouve désormais. A cette période de vie, le naturel enjoué et la soif de découverte que confère le tempérament sanguin favorisent le bon déroulement de cette phase d'apprentissage pour l'esprit, parce qu'il lui donne la curiosité et le désir d'agir.

Et de fait, les enfants sont toujours en mouvement, ils touchent à tout, s'intéressent à tout et veulent tout essayer. Le tempérament sanguin donne aussi le côté insouciant et irresponsable qui leur permet d'aller de l'avant sans appréhension.

Comment un enfant pourrait-il apprendre à marcher par exemple, s'il était conscient des nombreuses chutes qu'il va faire ? Il serait paralysé par la peur devant la grandeur de la tâche. Et s'il était trop conscient de lui-même, en tant que personnalité et individu, son ego ne supporterait pas si bien les nombreux échecs auxquels il doit faire face avant de réussir à saisir des objets, marcher, parler, etc.

Au cours de l'enfance, l'esprit est incarné dans le corps mais la liaison entre ces deux éléments n'est pas aussi étroite qu'elle le sera ultérieurement. Cette liaison légèrement distendue fait que l'esprit n'est pas fortement branché sur le corps et les réalités terrestres. C'est ce qui lui permet de prendre les choses avec plus de distance et de légèreté.

L'adolescence

Lorsque l'apprentissage propre à l'enfance arrive à son terme, l'esprit se lie étroitement avec le corps, afin de pouvoir l'utiliser pleinement et ressentir plus intensément les influences externes. Cette prise de possession est progressive et amenée par les changements hormonaux qui ont lieu à cette période de la vie qui est aussi celle du tempérament mélancolique.

Le jeune adulte en devenir ne peut plus se contenter de vivre le présent, sans se soucier de rien. Il doit se préparer à l'action constructive et aux responsabilités qui l'attendent. L'adolescence est le temps des prises de conscience qui sont nécessaires à l'action et celles-ci ont lieu par les profondes réflexions et les rêveries nostalgiques qui envahissent l'adolescent.

La liaison plus étroite entre l'esprit et le corps fait que l'esprit occupe de plus en plus le devant de la scène, et avec lui, les hautes valeurs et les grands idéaux qu'il porte en lui. Ceux-ci sont en effet du domaine spirituel. Ils résident dans l'esprit et non dans le cerveau.

L'adolescent observe donc sa famille, la société et la situation mondiale d'après des critères élevés, d'où ses révoltes contre les injustices et ses « croisades » pour plus de paix et de respect dans le monde. L'état mélancolique qui engendre ses rêveries l'amène à « refaire le monde » d'après des valeurs plus élevées que celles de son entourage. En faisant cela, il ancre en lui les valeurs et principes moraux d'après lesquels l'être humain en général doit se comporter. Etre conscient de ces valeurs est évidemment primordial pour lui qui va bientôt atteindre l'âge de la maturité et des responsabilités.

L'âge adulte

Le tempérament colérique qui s'installe avec l'âge adulte pousse à l'action, rend impatient d'agir et de réaliser quelque chose. L'esprit n'a plus le temps, ni l'envie de mener une vie passive. Il cherche à construire tant qu'il est sur terre. Il veut concrétiser sa volonté dans la vie terrestre, transformer celui-ci et produire des œuvres.

A l'âge adulte, travailler et créer n'est nullement une corvée, mais un besoin et une joie. Dans l'intense période d'activité qu'est l'âge adulte, l'esprit fait de multiples expériences, heureuses et malheureuses, qui l'aident à développer les facultés qu'il a en lui.

Confronté aux désirs et aux activités des autres adultes, l'esprit apprend aussi par la force des choses à prendre en considération et à respecter autrui. Cette tâche lui est facilitée si les idéaux élevés qui s'étaient réveillés lors de son adolescence sont encore bien présents en lui.

La vieillesse

Lors des trois premiers âges de la vie tous les efforts visaient à établir, puis à resserrer et maintenir fermement la liaison entre l'esprit et le corps. Dorénavant, c'est un effort contraire qui doit être effectué. Un relâchement progressif doit prendre place pour faciliter la séparation ultime. A la mort terrestre, l'esprit se séparera en effet du corps pour poursuivre son existence sur les plans de l'au-delà.

Le tempérament lymphatique qui s'installe avec la vieillesse contribue à ce détachement progressif. Le besoin de s'affirmer et d'agir dans la matière diminue et est remplacé par un désir profond de comprendre le sens de toute chose. L'action fait place à des méditations sereines sur les expériences vécues et les accomplissements passés.

Lâcher prise, se détacher de la matière, … telle est progressivement la nouvelle orientation de l'esprit. Cela ressemble à un examen de conscience et un bilan avant la nouvelle étape, examen qui nécessite un retour sur soi et ses expériences vécues. N'est-ce d'ailleurs pas une caractéristique typique de toutes les personnes âgées que de se replonger en souvenir dans leur enfance et le début de leur vie, tout comme de parler du « bon vieux temps où … ».

Lorsque l'âge du tempérament lymphatique est pleinement vécu, la mort sera approchée sans appréhension et l'esprit se détachera facilement de son corps physique le moment venu.

Respecter les âges de la vie

Vivre pleinement d'après le tempérament qui correspond à l'âge de la vie dans lequel on se trouve est fondamental pour avancer avec sûreté et confiance dans la vie. Or, souvent cela n'a pas lieu. Soit parce que l'on introduit prématurément des comportements de l'âge qui suit, soit que l'on essaye de maintenir des éléments de la période de vie précédente.

Certains parents, par exemple, cherchent à confronter leurs enfants à des situations de la vie qui dépassent leur âge, sous prétexte de les fortifier et développer leurs capacités de réaction et d'adaptation. Mais les fondations sur lesquels ses capacités doivent se construire ne sont pas encore posées. La conséquence en est que l'enfant en ressort plus insécurisé que fortifié.

Ce n'est qu'à partir de l'adolescence que le sérieux de la vie s'apprend et peut se maîtriser. Il faut donc laisser les enfants être des enfants si l'on souhaite qu'ils deviennent des adultes solides et équilibrés. Sinon, ils perdent leur insouciance et leur spontanéité d'enfant et, par là, leur capacité d'apprendre et de s'adapter.

Les longues rêverie nostalgiques des adolescents agacent parfois les parents. Ces derniers ont souvent l'impression qu'il s'agit d'une perte de temps. Ils se demandent si leur enfant n'est pas en train de prendre de mauvaises habitudes et de gaspiller ses chances d'avancer dans la vie. Mais ce n'est pas le cas.

L'adolescence est une période, somme toute assez courte, pendant laquelle d'énormes changements ont lieu au niveau des formes du corps et de son fonctionnement. Il ne serait que naturel de laisser à l'adolescent le temps et ses introspections pour s'habituer et accepter ces transformations. En les privant de leurs rêveries, on leur ôte également l'intériorisation des hautes valeurs dont l'être humain se préoccupe tant à cette époque de la vie.

Pressé à devenir plus réaliste, à avoir les pieds sur terre, l'adolescent n'a plus la possibilité d'affirmer suffisamment ces valeurs en lui. Il risque ainsi de ne se diriger plus tard que d'après des critères utilitaires comme la rentabilité et l'intérêt personnel, plutôt que d'après le sens du bien et du juste.

Lors de l'âge adulte, l'être humain devrait normalement être heureux de travailler et d'être actif pour subvenir à ses besoins et avancer dans la vie. Le souhait de nombreuses personnes est pourtant de ne pas travailler et disposer de beaucoup de temps et d'argent pour ne « rien faire ». Cette aspiration n'est pas naturelle. Il suffit de penser à la détresse des chômeurs de longue durée pour s'en rendre compte.

Sans activité dans laquelle il puisse déployer ses forces et son savoir-faire, l'adulte se sent vite inutile. Il perd confiance en lui-même et peut même déprimer, car il vit à contre-courant de son tempérament.

Une autre manière de rejeter l'âge adulte qui, ne l'oublions pas, est aussi l'âge de la raison, consiste à refuser les responsabilités qui sont inhérentes à cette période de la vie. En adoptant une attitude décontractée face à tout, même face aux choses les plus sérieuses, les adultes se comportent comme le font et peuvent le faire, les enfants.

Le refus de la vieillesse et de son caractère méditatif et lymphatique est quelque chose de courant de nos jours. L'image du vieillard plein de sagesse et de sérénité n'est plus prisée aujourd'hui. Il y a une tendance très nette à vouloir rester jeune au-delà du raisonnable et du possible. Cela se traduit par un comportement « jeune » aussi bien au niveau de l'habillement, de la coiffure, du langage que des loisirs. Chez certains, il y comme une fuite en avant : activités sportives, sorties, voyages,… se succèdent rapidement pour prouver que tout va bien et que la vieillesse n'est pas encore arrivée.

Les forces que gaspillent de telles personnes pour suivre un rythme qui n'est plus le leur n'est plus disponible pour faire le point et se préparer à finalement quitter la terre. Cela ne signifie pas qu'il faille ne plus être actif, entreprendre et avoir des projets lorsqu'on avance en âge, mais ceux-ci cependant doivent être adaptés aux capacités du moment. Ils doivent également laisser le temps et l'énergie pour cette préparation intérieure.

Conflits de générations

Les différences de perceptions, de manières d'agir et de buts qui existent entre les gens d'un groupe d'âge par rapport à ceux appartenant à d'autres âges, sont à la base des conflits de générations. Non que ces conflits doivent avoir lieu. Au contraire, ils proviennent d'un manque de connaissance des différences qui caractérisent chaque groupe. L'erreur consiste à considérer ou à juger le comportement des personnes d'un autre groupe d'âge que le sien avec les « lunettes » de son propre groupe d'âge. Les buts et moyens étant autre, cela débouche forcément sur une incompréhension et des conflits.

Si l'enfant ne comprend pas l'adolescent qui est vite blessé ou vexé, ou qui défend des idéaux inatteignables, c'est qu'il a l'insouciance du tempérament sanguin. Si l'adolescent passif et rêveur ne comprend pas que ses parents soient si industrieux, c'est qu'il est encore dans la phase de réflexion mélancolique qui précède l'action. L'inverse est aussi vrai : les parents ne saisissent pas le comportement rêveur et idéaliste de leur enfant adolescent et souhaiteraient les voir s'activer un peu plus, car eux-mêmes ont quitté le tempérament mélancolique.

Les adultes s'effraient d'ailleurs aussi de voir leur propres parents, déjà bien installés dans la vieillesse, passer des journées si tranquilles et inactives. Ils se demandent comment, lorsque leur tour viendra, ils supporteront de ne faire que si peu de choses. Ils leur semblent qu'ils s'ennuieront et s'impatienteront mais cette impression provient de ce qu'ils baignent encore dans les radiations du tempérament colérique. Une fois que celles-ci auront été remplacées par celles du tempérament lymphatique, ils n'auront plus de telles craintes car leur tempérament sera adapté à leur nouvelle situation.

Avec la maturation du corps, puis son vieillissement, la nature nous fait automatiquement passer, en temps voulu, d'une phase de tempéraments à l'autre. S'y adapter chaque fois, en les acceptants et les vivants pleinement, c'est faire preuve de sagesse.

Christopher Vasey