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La Bible et la réincarnation



La réincarnation n'est pas une notion étrangère à la Bible et au christianisme, comme on l'entend dire couramment. Différents passages de la Bible laissent entrevoir que la réincarnation était connue et admise, car ce qui est dit ne peut avoir été écrit que par quelqu'un qui croit en la réincarnation. Sa réalité a été également confirmée par de nombreux Pères de l'Église ainsi que par différents membres du clergé.

Une connaissance qui ne fut pas divulguée ouvertement

La Bible n'affirme nulle part que la réincarnation est une réalité, mais aucun passage ne le nie explicitement. De manière générale, on peut dire que la Bible n'en parle qu'indirectement.

Pourquoi cette discrétion ou cette absence de prise de position nette à son sujet ?

L'explication est donnée par un membre même de l'Église. Le père Jérôme, qui vécut de 347 à 420 après J.-C. et à qui l'on doit la Vulgate, traduction de la Bible en latin à partir du grec, écrit que «La doctrine de la réincarnation a été dans les temps les plus anciens communiquée à un petit nombre d'élus, comme une vérité qui ne devait pas être répandue dans la masse du peuple».

Si, au départ, le peuple n'était pas au courant de la réincarnation, il le devint avec le temps. Les Hébreux vivaient entourés de populations qui y croyaient, comme les Assyriens, les Phéniciens, les Égyptiens et les Grecs. Le savoir se glissa ainsi peu à peu dans des cercles de plus en plus larges. Cela transparaît ici ou là dans les textes de l'Ancien Testament, et plus souvent encore dans le Nouveau Testament.

La réincarnation dans la Bible

Commençons par deux passages de l'Ancien Testament qui parlent clairement de la préexistence des âmes, condition indispensable pour que des incarnations, puis des réincarnations, puissent avoir lieu.

«J'étais un enfant d'un heureux naturel, j'avais reçu en partage une âme bonne, ou plutôt, parce que j'étais bon, j'étais venu dans un corps sans souillure.» (Livre de la sagesse, attribué à Salomon, 8,19-20)

À propos du prophète Jérémie : «Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais ; et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations.» (Jérémie 1,4-6)

Les deux passages suivants parlent de la réincarnation future de quel¬qu'un qui a déjà vécu une vie sur Terre. Dans le livre d'Ezéchiel, il est écrit à propos du peuple hébreux, désigné dans le texte comme «les brebis du Seigneur», que ces derniers recevront un nouveau guide : «J'établirai sur elles (les brebis) un seul pasteur, qui les fera paître, mon serviteur David» (Ezéchiel 34,23). Or, le David dont il est question dans ce texte écrit en l'an 600 avant J.-C. est un grand personnage de l'histoire juive qui vivait environ en l'an 1000 av. J.-C., autrement dit 400 ans avant que le livre d'Ezéchiel ne fût écrit ! Ce passage, annonçant le retour de David, parle clairement de sa réincarnation.

Dans le livre de Malachie, on trouve une autre annonce de réincarnation : «Voici, je vous enverrai Elie, le prophète, avant que le jour de l'Éternel n'arrive, ce jour grand et redoutable» (Malachie 3,23). Ce texte écrit au 5e siècle avant J.-C. ne peut concerner la mission déjà réalisée par Elie qui vécut au 9e siècle av J.-C., donc 4 siècles auparavant. Il parle forcément d'une mission future d'Elie, pour laquelle il se réincarnera.

Dans un passage du Nouveau Testament, Jésus demande à ses disciples «Et moi, qui dit-on que je suis ?». Ceux-ci lui répondent que dans le peuple «Les uns disent que tu es Jean-Baptiste, les autres Elie ; d'autres encore Jérémie ; ou l'un des prophètes» (Matthieu 16,14-15). Bien qu'il ne soit pas logique de dire que Jean-Baptiste s'est réincarné en Jésus puisqu'ils vivaient à la même époque, il n'en reste pas moins que cette réponse témoigne que la réincarnation était tenue pour possible par le peuple.

Un autre passage sous-entend l'acceptation de la réincarnation ; c'est celui de la guérison de l'aveugle. «Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a pêché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?» (Jean 9,1-2)

Si cet homme est aveugle de naissance à cause de ses péchés, c'est qu'il les a commis avant sa naissance, donc dans une vie antérieure. La question des disciples montre qu'ils envisagent comme possible que quelqu'un puisse semer une chose dans une vie et la récolter dans une autre, qu'ils étaient au courant et acceptaient l'idée de la réincarnation. D'ailleurs, Jésus dans sa réponse ne les corrige pas, il ne leur dit pas qu'ils se trompent en pensant que l'aveugle a pu être lui-même la cause de sa déficience visuelle par son comportement dans une autre vie. Cette idée est acceptée comme naturelle par lui. Ne serait-ce pas parce qu'elle est une réalité ?

Les Pères de l'Église

Après la mort de Jésus, différentes personnalités commentèrent et expliquèrent ses paroles. Ils sont appelés «Pères de l'Église» car ils sont à l'origine des dogmes de l'Église chrétienne. Or, leurs écrits révèlent que la réincarnation était acceptée et reconnue comme vraie, par une partie d'entre eux tout au moins.

Origène (115-254 après J.-C.) fut un des plus influents théologiens du christianisme primitif. Son influence s'étendit jusqu'au 4e siècle.

Il est généralement considéré comme le plus brillant des Pères de l'Église. Pour lui «Chaque âme vient en ce monde, fortifiée par les victoires ou affaiblie par les échecs de ses vies antérieures». Grégoire de Nysse (335-395), Père de l'Église grecque, affirme : «C'est une nécessité naturelle pour l'âme de se purifier à travers de multiples vies». Saint Augustin (354-430) dont les écrits ont profondément influencé la pensée chrétienne écrit : «N'ai-je point vécu dans un autre corps avant d'entrer dans le sein de ma mère».

Le concile de Constantinople

Si la croyance en la réincarnation était si bien implantée chez les Pères de l'Église, pourquoi n'a-t-elle pas subsisté jusqu'à nos jours dans les Églises chrétiennes ?

Elle ne subsista pas parce que cette croyance fut brusquement interdite, non pas parce qu'elle fut soudainement considérée comme fausse, mais pour des raisons politiques. En effet, trois cents ans après la mort d'Origène, certains de ses partisans causèrent des troubles au Moyen-Orient, en présentant une de ses idées de manière trop radicale, idée qui n'avait d'ailleurs rien à voir avec la réincarnation.

L'empereur Justinien qui régnait alors voulu rétablir l'ordre et la paix. Il ne le fit pas en cherchant à faire revenir à la raison les fauteurs de troubles, mais en interdisant purement et simplement l'ensemble de l'enseignement d'Origène, ce qui incluait, entre autres, la connaissance de la réincarnation. Cette décision fit d'abord l'objet d'un édit de l'empereur. Mais étant donné que l'empereur ne représentait que le pouvoir politique, il fallait encore que sa décision soit confirmée par une instance religieuse. Ce fut fait en 553 lors du 2e concile de Constantinople.

La condamnation de l'enseignement d'Origène eut ainsi pour conséquence que toute personne qui, dans le monde chrétien, admettait ou professait les idées d'Origène – y compris, par la force des choses, l'idée de la réincarnation – était susceptible d'être excommuniée. Or, à cette époque, à cause de la puissance de l'Église, une excommunication équivalait à une exclusion totale de la société.

Ainsi pour des raisons de politique intérieure, la réincarnation fut arbitrairement et radicalement supprimée de l'enseignement chrétien.

Des témoignages du clergé

Est-ce à dire que l'idée de la réincarnation disparut complètement ? Non. Si on réussit à l'étouffer, elle subsista néanmoins, car, sans elle, l'être humain ne peut concilier l'amour et la justice de Dieu avec l'inégalité criante des destins. Elle subsista même à l'intérieur de l'Église.

Ainsi, l'archevêque italien Louis Passavali (1820-1897) écrivit : «Je suis d'avis que ce serait un grand progrès si on pouvait publiquement soutenir la thèse des renaissances, tant sur Terre que dans d'autres mondes. Ce serait donner une solution à bien des problèmes qui tourmentent par leur absurdité l'esprit et la raison des hommes d'aujourd'hui.»

Le cardinal Mercier (1851-1926) affirma : «En ce qui concerne la doctrine de la réincarnation, je ne vois aucun motif pour lequel la raison la tiendrait pour fausse ou impossible».

Le cardinal Daniélou (1905-1974), lui aussi, dit à propos des perspectives qu'offraient les réincarnations : «Et je reconnais que, pour ma part, si je n'étais pas catholique, elles me seraient très sympathiques. Il serait séduisant en effet de penser que le destin de l'âme se poursuivra à travers les mondes spirituels successifs. Ce qui a pu ne pas être réussi dans cette existence, pourrait l'être dans une existence ultérieure, de cette manière, si nous avons eu une existence médiocre, en nous réincarnant, une possibilité pourra nous être donnée de nous élever à un niveau plus haut. Vous savez que ces vues ont été adoptées par Origène, qui fut un des grands génies de la théologie.» («La survie après la mort», Éditions Labergerie) Les passages de la Bible et les témoignages qui ont été donnés ici n'avaient pas pour but de prouver la réalité de la réincarnation – seuls les faits peuvent le faire – mais de montrer qu'il serait erroné de rejeter son existence sous prétexte que la Bible n'en parlerait pas et que ce serait une idée opposée au christianisme.

Christopher Vasey