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Il était un homme, Le Dr. Paul Carton



Le Dr. Paul Carton (1875 – 1947) fut un pionnier de la médecine naturelle. Souvent cité, il est une référence pour des thérapeutes de tous les horizons. Ses nombreux ouvrages sont connus pour leur clarté et la vision large qu’ils donnent. Beaucoup de notions devenues évidentes de nos jours à tout un chacun, comme l’importance du terrain, l’influence de l’alimentation pour la santé, le rôle des toxines dans la genèse des maladies,… sont dus aux efforts de vulgarisation du Dr Carton. Bien qu’il soit très connu dans les milieux de médecine naturelle, peu de gens savent par quel chemin de douleurs il dut passer pour découvrir les grands lois de la santé.

La vie de Paul Carton

Paul Carton est né le 12 mars 1875 à Meaux, petite ville à environ 50 km de Paris. Son père était commissaire-priseur ; ses grands-parents, côté paternel, horticulteurs ; côté maternel, horloger-bijoutiers. Rien ne le prédisposait donc à une carrière médicale, si ce n’est ses propres problèmes de santé auxquels il fut confronté dès son plus jeune âge.

De constitution physique extrêmement faible et sensible, surtout au niveau digestif, il ne supportait pas la surabondance d’aliments « fortifiants » que ses parents lui faisait ingérer. Il en résultait pleurs, vomissements et indigestions répétées. Grand nerveux, d’une hypersensibilité pathologique, le jeune Carton ne supportait pas l’atmosphère familiale peu harmonieuse, les colères incessantes, cris, réprimandes et punitions furieuses. Les chocs moraux et les terreurs continuels le rendaient encore plus nerveux, renfermé, timide et angoissé, diminuant d’autant ses maigres possibilités organiques.

Aux souffrances physiques et psychiques se rajoutèrent celles dues aux traitements et médicaments qu’il ne supportait pas plus que le reste : huile de foie de morue, médicaments divers, vésicatoires à n’en plus finir, deux ans de corset en cuir et acier, gardé jour et nuit pour corriger une scoliose. Réactions allergiques aux médicaments, arrêts cardiaques, troubles respiratoires, perte de vitalité l’accompagnèrent.

L’enfance de Paul Carton ne fut pas heureuse : il vécut de longues périodes alité, dans la souffrance et la solitude, s’interrogeant sur le sens de son existence : « Pourquoi dois-je souffrir ainsi ? Pourquoi suis-je moi et pas un autre ? Que fais-je ici bas ? Pourquoi vivre et mourir ? »

Ses seuls moments de joie furent ceux passés à la campagne, chez sa grand-mère maternelle et chez sa marraine, en contact avec la nature : spectacle des travaux des champs, élevage des animaux, etc.

Sa scolarité fut très difficile au départ. Myope, il ne pouvait suivre les démonstrations au tableau ; timide, il n’osait exprimer ses connaissances, et incapable d’apprendre par cœur sans comprendre, il ne pouvait tout d’abord faire face aux exigences scolaires. A cela s’ajoutaient aussi ses maladies fréquentes. Mais sa volonté de fer, ses dons d’observation et de synthèse prirent peu à peu le dessus. Finalement, il obtint un pris d’honneur à l’école, fit de solides études classiques, réussit son baccalauréat et entra à la Faculté de médecine.

Au cours de ses études médicales, son état de santé ne fera qu’empirer. Aux fatigues des études s’ajoute le surmenage dû aux trajets et aux activités extra-universitaires auxquelles Paul Carton se livre pour subvenir à ses besoins. La maladie ne le quitte plus. Problèmes cardiaques et circulatoires, troubles digestifs, infections diverses l’accompagnent désormais. Ces affections nécessiteront de nombreux traitements dévitalisants et intoxicants, des périodes douloureuses d’immobilisation et des opérations mutilantes et inutiles.

Grâce à sa volonté et à sa persévérance, Paul Carton traverse tous ces obstacles et poursuit ses études. En troisième année, il devient interne, prépare les concours et les réussit brillamment. Il travail ensuite à l’Institut Pasteur, puis est nommé chef de laboratoire à la Pitié.

La tuberculose

Plus tard, il exerce quelque temps à Paris, mais la pénible vie de médecin-praticien achève de dégrader sa santé. Comme bien des gens au début du siècle, Paul Carton développe alors une tuberculose. A 30 ans, il est envoyé en sanatorium.

Pour faire face à la dévitalisation, au manque de couleurs et à la perte de poids, la médecine de l’époque préconisait aux tuberculeux une alimentation abondante et très riche. Celle-ci consistait en cinq grands repas quotidiens, auxquels venaient s’ajouter, comme supplément 250 à 500 g de viande crue prise dans un bouillon, ainsi que 6 à 18 œufs crus à gober. Si cette suralimentation forcée réussissait à faire prendre du poids aux malades, à surexciter leur organisme et ainsi leur donner une apparence de force et de vitalité, elle achevait cependant leurs dernières forces, congestionnait leur système circulatoire et provoquait une dangereuse accumulation de toxines dans le sang et les tissus.

En sanatorium, Paul Carton luttait donc pour survivre à sa maladie et au régime et traitements qui lui étaient proposés ! Son état empirait …, jusqu’au jour où un événement vint bouleverser toute sa vie, ainsi que ses idées médicales. Ce fut l’événement d’où naquirent les bases de la nouvelle thérapeutique qu’il allait fonder par la suite.

Dans son livre « L’apprentissage de la santé. Histoire d’une création et d’une défense doctrinales », Paul Carton s’exprime ainsi :

« … l’affreuse désolation de se sentir jeune, plein d’espoir dans l’avenir, et de constater l’incapacité de trouver une voie de salut qui puisse permettre la reprise du travail pour subvenir aux frais d’appartement à Paris et aux soins en sanatorium. Anhélant, cyanosé, alité, fébrile, les poumons infiltrés du haut en bas, en proie à des crises d’asphyxie …, mère appelée par télégramme pour assister aux derniers moments, la pancarte des mourants affichée à la porte pour réclamer le silence dans le couloir, obsédé par l’idée de la mort prochaine et de la descente finale dans la petite pièce du rez-de-chaussée où on logeait les cadavres, avant leur déménagement nocturne. Tels furent les débuts de l’étape sanatoriale (fin 1905 – début 1906)

Une clarté se projeta enfin dans ces ténèbres, à l’occasion d’une formidable crise d’empoisonnement alimentaire … qui amena une diarrhée cholériforme surabondante pendant deux jours. On s’attendait à une aggravation cataclysmique. Ce fut, au contraire, une sorte de résurrection : disparition de l’asphyxie, de la cyanose, des accès de suffocation, baisse de la fièvre, amélioration des foyer pulmonaires, bien-être psychique. Mais au bout de 8 jours, tout le vilain cortège des misères antérieures reparut. Réfléchissant alors qu’une amélioration certaine s’était déclenchée par l’arrêt alimentaire et par un dégagement intestinal intense, nous prîmes la résolution de recourir aux même procédés pour voir si les mêmes effets se reproduiraient. Une réduction de l’alimentation et une forte purge donnèrent effectivement une nouvelle amélioration qui dura 4 ou 5 jours. Alors, à chaque retour offensif des signes d’intoxication et de congestion, c’est-à-dire deux fois par semaine environ, fut opposée une chasse intestinale vigoureuse. Le lever devint possible après 6 mois de séjour au lit. »

Grâce à sa mésaventure, le Dr Carton découvre que la maladie est moins due aux microbes ou à un manque de calories et d’aliments nourrissants, comme on le croyait à l’époque, mais à l’encombrement de l’organisme par les déchets et résidus métaboliques appelés aussi toxines, qui bouchent les vaisseaux, congestionnent les organes, agressent les tissus, génèrent la maladie.

La nécessité de drainer les toxines hors de l’organisme devient évident pour lui, que ce soit par les intestins, le foie, les reins, la peau ou les poumons, ces cinq organes chargés de filtrer les déchets hors du sang et de les éliminer à l’extérieur du corps.

Mais drainer les déchets sans se préoccuper de tarir leur source n’amène pas à grand chose. Le Dr Carton s’en rend vite compte et il commence alors à se préoccuper de l’alimentation et, en particulier, de la valeur intoxicante de chaque aliment. Ici, à nouveau, il doit tout découvrir par lui-même puisque « … Pour la médecine de l’Ecole, en effet, tout ce qui est comestible sans empoisonner subitement est considéré comme aliment licite. »

Le Dr Carton apprend ainsi à connaître les qualités et les défauts de chaque aliment : la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils sont digérés, éliminés, leur pouvoir congestif, leur teneur en toxines, en acides, … et bien d’autres caractéristiques qui lui permettront de régler son alimentation (puis celle de ses patients), afin de l’adapter aux possibilités et besoins de son organisme malade.

Plus tard, le Dr Carton découvrira encore les vertus de l’exercice physique doux pour faciliter les digestions, atténuer les états congestifs, soutenir les métabolismes et favoriser les éliminations.

Les bases de son système thérapeutique sont ainsi posées : Pour lui le trépied thérapeutique fondamental doit être constitué d’une alimentation physiologique, d’une bonne élimination des toxines et poisons, et de l’exercice modéré pour soutenir les métabolismes.

La mise en pratique de sa nouvelle approche thérapeutique

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En 1908, Paul Carton retrouve assez de force pour quitter le lit et rechercher une occupation professionnelle. Par un heureux concours de circonstances, il obtient une place à l’Hôpital-Sanatorium de Brévannes. Une nouvelle vie débuta alors, et il réalisa son vieux rêve : habiter à la campagne, avoir un jardin et un rucher, être en contact avec la nature.

A Brévannes, le Dr Carton put mettre en pratique à large échelle les idées médicales qu’il avait déjà découvertes et appliquées sur lui-même. L’hospice accueillait des enfants de milieux défavorisés, à l’hygiène de vie déplorable, en très mauvaise condition physique. Souvent victimes de troubles et de complications graves, ils étaient aussi amoindris par des traitements trop violents. Le Dr Carton traitât ses malades sans médicaments, uniquement par des manœuvres diététiques, des soins hydrothérapiques, héliothérapiques, et par l’exercice physique en plein air. Il put constater le bien-fondé de son approche en contemplant les magnifiques rénovations physiques et psychiques chez de ses petits malades.

Au fur et à mesure de ses expériences et observation, il redécouvrit peu à peu toutes les vérités enseignées par Hippocrate, le père de la médecine dont, en tant que médecin, il était le disciple, sans avoir jamais lu ses œuvres. (Lire à ce propos : Dr Paul Carton L’essentiel de la doctrine d’Hippocrate, librairie le Français, Paris, 1977)

En arrivant à Brévannes, l’état de santé du Dr Carton n’était pas encore brillant. Le premier jour, le surveillant, en voyant son teint blafard, son aspect peu reluisant et squelettique, le prit pour un malade qui entrait à l’hôpital et déclara : « En voilà un qui vient prendre un lit, il n’en a plus pour longtemps ! »

Le Dr Carton exerça cependant encore 40 ans, à l’hospice d’abord, puis en clientèle privée, poursuivant ses recherches, établissant et perfectionnant sans cesse sa nouvelle approche thérapeutique qu’il fit connaître par la publication de nombreux livres et articles. Tous les aspect de la santé y furent traités. Non seulement l’alimentation, l’exercice, l’hydrothérapie, l’héliothérapie, les drainages, mais aussi l’influence du climat, des saisons, du mode de culture et de la cuisson des aliments ; le rôle du psychisme et de la bonne direction mentale et spirituelle, la santé par rapport aux différents tempéraments, aux âges de la vie (enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse), etc.

Jusqu’à la fin de sa vie, le Dr Carton continua à travailler son approche médicale et à publier des livres pour la faire connaître. Son œuvre est colossale : plus de 30 ouvrages. Malgré sa constitution physique faible et l’immense travail d’écrivain, de praticien et de chercheur, il mourut en 1947 à l’âge de 72 ans.

Christopher Vasey



Note : Les livres du Dr. Carton sont pour la plupart épuisés mais on peut en commander directement à la famille de l’auteur : Madame Tellier, 57, rue Ed Vaillant, F 94 450 Limeil Brévannes

Une citation :

« Ce qui importe donc par-dessus tout, c’est d’apprendre aux hommes que la vie humaine ne se déroule pas au hasard des circonstances extérieures, mais qu’elle est sous la dépendance étroite d’un ensemble de lois précises qui décernent la santé et la paix à ceux qui les suivent et qui, par contre, traînent douloureusement les ignorants et les rebelles … » Dr.Paul Carton