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D'où vient l'inspiration des artistes ?



Parmi la multitude des œuvres d'art produites par l'être humain en musique, peinture ou poésie… il en est un petit nombre qui est d'une valeur nettement supérieure aux autres. Un saut qualitatif les place à un niveau qui surpasse les autres de beaucoup. Pour expliquer cette supériorité, on dit que l'artiste a été inspiré. Mais qu'est-ce que l'inspiration ? En quoi se distingue-t-elle des facultés créatrices habituelles de l'être humain ? D'où vient-elle ?

Les facultés créatrices de l'homme

On dit d'un artiste qu'il a été inspiré ou qu'il a reçu une inspiration. Ces expressions montrent bien la nature de ces dernières. L'inspiration est faite de quelque chose d'extérieur qui pénètre dans l'artiste. Elle est reçue et non le résultat d'un travail personnel. Sans qu'il y contribue, l'inspiration apporte à l'artiste quelque chose de plus beau, de plus harmonieux, de plus saisissant… que ce qu'il aurait pu élaborer lui-même. Elle le guide également lors de la réalisation concrète de l'œuvre. Cela lui permet de faire mieux et d'aller plus loin. Le poète écrit alors ses plus beaux vers, le compositeur compose ses morceaux les plus sublimes et le peintre produit «le» tableau qui sera admiré pendant des siècles.

L'opposé de l'inspiration est la fabrication. Lors de cette dernière, l'artiste travaille sur du connu. Il réfléchit et cherche à l'améliorer afin de l'amener à un degré supérieur. Le résultat dépend principalement de lui et de ses efforts. Il n'est jamais fondamentalement différent de ce qui a été fait jusque là. Un pas est fait vers le nouveau et le supérieur, mais ce pas est petit. Dans l'inspiration, au contraire, un gigantesque bond en avant a lieu. L'éloignement du connu ou de l'habituel est énorme et clairement observable.

Un processus actif

Si le contenu de l'inspiration n'est pas le résultat du travail de l'artiste, ce dernier doit toutefois être actif pour le recevoir. L'inspiration n'est pas quelque chose que l'artiste reçoit par hasard ou par chance. Pour en être gratifié, il a dû donner une impulsion de départ. La loi de l'attraction des affinités entre en jeu. Une aspiration ou une pensée de base doit avoir été émise pour que le contenu de l'inspiration puisse être attiré vers elle. Mais cela ne suffit pas, il faut également que l'aspiration de base soit entretenue, que l'artiste la garde vivante en lui, s'en préoccupe… sinon elle disparaîtrait vite et n'attirerait plus.

Mais si une impulsion peut aboutir à une inspiration, c'est également qu'il y a dans l'artiste un désir de quelque chose de plus que ce qu'il a. Il n'aspire pas à ce qu'il possède déjà, et qui le comble et le satisfait. Au contraire, ce qu'il possède ne le satisfait pas et il aspire à davantage. Il a une question et cherche la réponse, quelque chose est obscur pour lui et il désire plus de clarté. Il a un problème et s'efforce d'en trouver la solution. Il souhaite réaliser quelque chose et savoir comment le faire. Il y a donc une insatisfaction et un désir de dépassement. L'inspiration ne vient donc que là où il y a une forte «demande» et un intense désir intérieur, même inconscient, de recevoir. On comprend ainsi que l'on ne peut pas être inspiré par hasard ou sur de multiples choses à la fois. L'artiste inspiré est donc loin d'être un médium, comme cela pourrait en avoir l'apparence. Un médium, lors d'une séance de spiritisme (ou de channeling), ne lance pas la pensée qui attirera en retour l'inspiration. Au contraire, il doit faire le vide de ses pensées, car il est un instrument par lequel passe une communication provenant de l'au-delà. Il ne lance pas un pont, car il est lui-même ce pont. De plus, il est plus ou moins inconscient de ce qui le traverse alors que l'artiste est très conscient de ce qu'il reçoit. C'est en effet à lui de le concrétiser dans la réalité terrestre.

D'où viennent les inspirations ?

Quel est donc ce nouveau, supérieur, plus beau, plus parfait… que l'être humain n'a pas créé, mais qui vient d'un plan plus élevé et dont il peut s'inspirer ?

Ce sont des formes, ou des modèles, de matière éthérée qui ne se sont pas encore matérialisées sur Terre, et qui se trouvent dans l'au-delà, aussi appelé «l'autre monde». Ces formes sont produites par des serviteurs de Dieu et sont à la disposition de l'être humain pour son évolution dès qu'il est assez mûr pour les capter intuitivement.

La nécessité pour l'être humain de recevoir et d'utiliser des choses qu'il n'a pas créées lui-même est au fond des plus logiques. L'esprit humain n'est pas le créateur du monde dans lequel il se trouve. Il est une créature et il dépend de ce que ce monde a à lui offrir. De plus, étant un esprit en évolution, il a tout à apprendre et il a tout naturellement besoin d'aides et de modèles pour progresser, que ce soit au niveau pratique avec la découverte de la roue, de l'écriture… ou au niveau des manifestations supérieures de l'activité humaine, comme l'expression du beau par l'art, qui le fait progresser et l'ennoblit intérieurement.

En effet, en captant par exemple de la musique venant de plans bien plus élevés, les grands compositeurs offrent aux esprits humains en développement sur Terre, une musique de valeur supérieure à ce qu'ils peuvent composer eux-mêmes. Cela ouvre l'esprit humain aux vibrations des plans plus élevés, l'aide à se relier à eux et par là, le soutient dans son ascension.

Les modèles qui l'aident dans son développement sont produits par des êtres appartenant à la grande famille des êtres élémentaux. Ils sont appelés «êtres essentiels» dans la citation du Message du Graal qui va suivre et qui décrit leur activité :

«Il n'est rien sur Terre que les petits êtres de l'essentialité n'aient déjà formé auparavant dans la matière dense de moyenne densité, et cela de façon encore beaucoup plus belle et plus parfaite ! Tout ce qui s'accomplit dans la pesante matière dense – même l'habileté des artisans, les œuvres des artistes, et beaucoup d'autres choses encore – n'est qu'emprunté à l'activité initiale des petits êtres essentiels qui ont déjà préparé ces modèles et bien d'autres choses encore dans la matière dense de moyenne et de faible densité. Là, tout est même constitué de formes beaucoup plus parfaites, parce que les êtres essentiels œuvrent directement dans les Lois de la Volonté divine qui est parfaite et ne saurait par conséquent donner naissance qu'à des formes parfaites.

Toute découverte, même la plus surprenante, n'est qu'un emprunt à ce qui fut déjà élaboré sur d'autres plans par les êtres essentiels ; d'ailleurs, bien d'autres choses encore sont prêtes à inspirer les hommes pour qu'ils les transposent ici sur Terre dans la pesante matière dense.» (tome 3, cf 26) En conformité avec la loi de la pesanteur qui répartit tout ce qui existe en fonction de sa pesanteur ou de sa légèreté sur des plans correspondants de la Création, les formes-modèles les plus terre-à-terre et pratiques se trouvent sur les plans les plus proches de la Terre, ceux qui sont plus parfaits et plus beaux sur les plans situés beaucoup plus haut. Parmi ces plans, il faut compter les plans de la matière subtile qui sont au-dessus des plans de la matière dense, et le plan spirituel placé plus haut encore. C'est sur ces plans plus élevés et, par là, contenant des formes de plus grande valeur et de plus grande beauté, que les grands artistes puisent leur inspiration. Ne qualifie-t-on pas les chefs d'œuvre des grands compositeurs, poètes ou peintres… d'œuvres sublimes, transcendantes, supraterrestres, voire divines ?

Bien que situer l'origine de ces œuvres au niveau divin soit aller trop loin, il n'en reste pas moins que la grande variété des personnes qui les apprécient, comme l'impact et la longévité de ces œuvres, témoignent de leur origine élevée.

D'où viennent les idées musicales

De nombreux compositeurs de musique classique étaient conscients de puiser à des sources élevées et se sont exprimés à ce sujet. C'est d'ailleurs en raison de la hauteur des sources de leur inspiration que ces artistes eurent de la peine à définir exactement ce qu'était pour eux l'inspiration, d'où elle venait et comment elle se manifestait.

Le compositeur allemand, Richard Strauss (1864–1949), disait par exemple que : «Composer est un processus qui ne s'explique pas facilement. Quand l'inspiration vient, c'est quelque chose de si subtil, ténu, évanescent que cela défie presque toute définition… En de tels moments, je sens que je suis en train de puiser à la source de l'énergie infinie et éternelle d'où vous comme moi, ainsi que toute chose, procède.»

Johannes Brahms (1833–1897) s'exprima ainsi sur l'inspiration : «Ils (Virgile et Homère qui invoquent les muses pour composer leurs poèmes) ressentaient le besoin de l'aide d'une source plus élevée, une source extérieure à eux-mêmes, pour composer ces grandes épopées classiques. En d'autres termes, ils cherchaient l'inspiration d'en-haut tout comme je le fais quand je compose et tout comme Beethoven le fit.»

Ce dernier confirme la chose : «Vous me demandez d'où viennent mes idées (musicales)… Ce qui touche le cœur doit venir d'en-haut, sinon, ce ne sont que des notes, un corps sans esprit.» (Ludwig van Beethoven, 1770–1827).

Un compositeur plus récent, Max Bruch (1838-1920) abonde dans ce sens : « Lorsqu'un compositeur crée une œuvre de valeur durable, il se trouve face à face avec cette force éternelle, source de toute vie, de laquelle il puise… C'est dans le silence que le compositeur doit atteindre les instructions d'une puissance supérieure à sa raison. Lorsqu'il est capable de créer la liaison avec cette puissance, il devient projecteur qui transforme l'infini et l'invisible dans le monde visible, ou bien, lorsqu'il s'agit du compositeur, dans le monde de l'audible… C'est de cette même force que Bach, Mozart et Beethoven puisèrent et dont tous les compositeurs sont tributaires s'ils veulent créer quelque chose de valable. Celui qui s'ouvre consciemment à cette force intérieure sera inspiré ; toutefois, il devra être pourvu de la technique adéquate, afin de pouvoir porter sur le papier de façon convaincante les idées suggérées.»

Le compositeur Richard Wagner (1813–1883) va même jusqu'à mentionner précisément un courant universel de pensées : «Je suis convaincu qu'il y a des courants universels de pensées divines qui vibrent partout dans l'éther, et que quiconque peut sentir ces vibrations est inspiré, pourvu qu'il soit conscient des processus et possède les connaissances et les capacités pour les présenter de manière convaincante, qu'il soit compositeur, architecte, peintre, sculpteur ou inventeur.»

Poésie et inspiration

Les poètes sont également conscients qu'il leur est nécessaire de recevoir de l'aide d'en-haut sous forme d'inspiration. Dès les premiers vers de l'Odyssée, Homère (8 siècles avant J.-C.), le poète grec invoque l'aide de la muse pour l'inspirer dans sa grande épopée : «Muse, dis-moi…déesse née de Zeus, conte ces aventures.»

Dans l'Antiquité, et plus tard encore, l'inspiration venant d'en-haut était considérée comme étant transmise par des entités séjournant dans les mondes supérieurs, tels que les muses et les dieux de l'Antiquité. Ces êtres appartiennent d'ailleurs à la grande famille des êtres élémentaux mentionnés dans la citation du Message du Graal donnée plus haut.

Dans les dernières lignes qu'il ait écrites pour être publiées, le poète et dramaturge anglais William Shakespeare (1563–1616) reconnaît combien il doit à l'inspiration. Il avoue franchement que maintenant qu'il n'en a plus, les forces créatrices qui lui restent sont uniquement les siennes ; «et c'est peu», ajoute-t-il.

Le philosophe grec, Platon (5e siècle av. J.-C.), écrit à propos des poètes que «ce n'est pas par un effet de l'art (du travail du poète) qu'ils disent tant et de si belles choses sur les sujets dont ils parlent (…), mais par l'effet d'une grâce divine, chacun d'eux n'est capable d'une belle création que dans la voie où l'a poussé la Muse…» L'opposition inspiration – travail (ou fabrication) a toujours été clairement perçue dans le monde de la poésie, puisqu'on y distingue les poètes (qui sont inspirés) des versificateurs ou rimeurs (qui ne le sont pas).

«Le poète pense en vers et n'a qu'à transcrire ce qui lui est dicté ; l'homme qui n'est pas poète pense en prose, et ne peut que traduire en vers ce qu'il a pensé en prose. Aussi ces vers n'ont-ils jamais plus de valeur que n'en a une version anglaise ou italienne écrite par un français, la grammaire sous ses yeux et le dictionnaire à la main.» Théodore de Banville (1823–1891), dans le «Petit traité de poésie française».

Nicolas Boileau (1636–1711) dans les dernières «Satires» dit sa difficulté à trouver la rime : «Dans ce rude métier où mon esprit se tue / En vain pour la trouver, je travaille et je sue.» Il déclare aussi son admiration pour Molière qui, pour sa part, la trouve avec facilité. Bien plus : il ne la trouve pas, elle semble venir d'elle-même à lui, par inspiration : «Rare et fameux Esprit, dont la fertile veine / Ignore en écrivant le travail et la peine ; … Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime / On dirait, quand tu veux, qu'elle vient te chercher.» Un poète plus récent qui proclama la toute puissance de l'inspiration est le grand poète allemand Rainer Maria Rilke (1875–1926). On raconte qu'il écrivit en 18 jours, non seulement ses Elégies, mais également ses 55 Sonnets à Orphée. Ces pièces sont considérées comme ses plus beaux poèmes, et d'une facture différente de ses autres productions. La plus grande partie a été écrite d'un seul jet, sans aucune correction.

L'inspiration vient d'«en-haut»

L'être humain dispose de facultés réflexives et créatrices. Il peut de lui-même créer des œuvres d'art, qui sont alors sa production. C'est un travail qui part du bas et va vers le haut. Un mouvement contraire a lieu dans le cas de l'inspiration. L'artiste reçoit quelque chose d'en-haut et il le concrétise ensuite ici-bas à l'aide de ses facultés. Quelque chose qui était en haut, dans le «ciel», descend sur Terre. C'est un cadeau, un don, qui aide l'humanité à progresser.

Logiquement, l'existence de l'inspiration devrait briser la conception étroitement matérialiste qui a cours aujourd'hui. Celle-ci prétend que seule la matière existe et que l'être humain est l'être le plus élevé dans la Création. Elle affirme aussi que les choses plus nobles et plus élevées proviennent exclusivement du génie humain, grâce aux puissantes facultés intellectuelles qu'il a développées. En réalité, des choses merveilleuses lui sont transmises d'en-haut par inspiration. L'être humain n'est donc pas seul au monde, il y a un «en-haut» et la matière n'est pas la seule chose qui existe.


Christopher Vasey

Article basé sur les connaissances du Message du Graal